Le Comité International Olympique (CIO) a été fondé le 23 juin 1894 par l'éducateur français, le baron Pierre de Coubertin, qui eut l'idée de faire revivre les Jeux Olympiques de l'Antiquité grecque.

Début des Jeux Olympiques dans:

 

La performance, mais à quel prix ?
par Vanessa l'Ecuyer

     Le passage de la société traditionnelle à la société industrielle a eu un impact très important sur le développement de la société moderne actuelle. En effet, ce changement social, qui a mené à la modernité, s’explique principalement par un changement dans les valeurs des individus. Ainsi, les individus perdent tout attachement aux institutions qui les rassemblaient initialement pour laisser place à un individualisme de plus en plus marqué. Dans ce sens, cette période d’émancipation, soit l’avènement de l’individualisme, s’est déroulée en trois phases bien distinctes.

 

La montée de la productivité

     C’est durant la première phase que l’individu devient de plus en plus autonome, c’est-à-dire que celui-ci acquiert des droits et des libertés, en s’éloignant de plus en plus de la société qui,  auparavant, le définissait. En ce qui a trait à la seconde phase de l’individualisme, elle s’est produite après 1945 et est marquée par l'arrivée de la société de consommation. Les individus désirent se réaliser par le plaisir instantané dégagé de la consommation. Ainsi, il n’y a plus d’effort collectif, le narcissisme et l’hédonisme sont de plus en plus présents étant donné que les individus recherchent leur bien-être personnel. Enfin, la troisième phase de l’individualisme, qui est présente depuis les années 1980, est caractérisée par l’action rationnelle en finalité. Ceci peut être expliqué par le fait que « la fin justifie les moyens ». En ce sens, les individus ne se soucient plus des façons d’atteindre leur but, seule la fin en soi importe. En effet, les valeurs néolibérales font loi, notamment l’efficacité, la productivité ainsi que la rentabilité. Donc, les individus présentent en quelque sorte un culte de la performance, c’est-à-dire que la performance constitue maintenant l’un des critères principaux menant à l’émancipation des individus1.

     C’est dans cette troisième phase de l’individualisme que s’inscrivent les agissements des athlètes aux Jeux Olympiques. L’individualisme impose des nouvelles valeurs, soient la concurrence, la compétition et la réussite, qui repoussent continuellement les orées du possible. Effectivement, le sport à partir des années 1980 est devenu un modèle de la performance, un exemple de rapports réfléchis et organisés pour viser l’efficacité2. Ainsi, l’accent est mis sur la performance envers et contre tout. C’est dans cette optique que se développe chez les athlètes une « logique obsessionnelle du dépassement de soi »3, c’est-à-dire que les athlètes n’hésitent pas à avoir recours à des substances illicites pour améliorer leurs performances. Cependant, quel est le prix de la performance ? Les athlètes mettent en péril leur santé pour obtenir une médaille, et certains d’entre eux iront jusqu’à être bannis des Jeux Olympiques, tel Ben Johnson, pour avoir tenté de donner la meilleure performance.

 

L’athlète, mais encore…

     D’ailleurs, les athlètes sont aussi guidés vers la performance extrême par plusieurs facteurs extérieurs. En effet, les athlètes vivent l’influence des médias, des grandes firmes et même des téléspectateurs. Ces derniers constituent tous des facteurs affectant les sportifs dans leur quête de performance, ou dans leur mentalité. Par exemple, Ben Johnson vivait des pressions de la part des firmes Nike, Diadora et Toshiba qui lui promettait des dizaines de millions de dollars en réponse à ses performances. De plus, étant donné qu’il représentait le héros national du pays ainsi qu’un espoir de médaille, le Canada effectuait aussi des pressions sur le coureur. De plus, l’équipe de Ben Johnson, soit ses médecins et conseillers, ainsi que les téléspectateurs qui désiraient assister à un nouveau record de la part d’un de leur concitoyen, ont également été des facteurs extérieurs qui ont influencé le coureur du 100 mètres vers des pratiques illégales4. En ce sens, les athlètes subissent des pressions qui les contraignent à s’enfoncer de plus en plus loin dans le cercle vicieux de l’entraînement. Ils ne pratiquent plus un sport pour les bonnes raisons, c’est-à-dire pour eux-mêmes, pour leur propre dépassement. En effet, les athlètes s’entraînent, non plus dans le dessein de pratiquer un sport qui leur tient à cœur, mais bien dans une perspective de devenir le meilleur, le plus productif5.

 

Le dopage, une nouvelle solution

     Plusieurs substances dopantes peuvent être utilisées par les athlètes pour tenter d’améliorer leurs performances. En effet, le CIO a jusqu’à ce jour banni plus de 200 substances, mais chaque fois, plusieurs nouvelles substances dopantes apparaissent sur le marché noir. Effectivement, le sport a évolué au fil du temps et n’occupe plus la même place qu’il occupait au temps où Pierre de Coubertin remit en fonction les Jeux Olympiques. En effet, les athlètes ayant performé aux premiers Jeux Olympiques n’auraient jamais pu se qualifier aux Jeux Olympiques de Pékin, car leurs performances auraient été beaucoup trop faibles comparativement à celles des athlètes olympiques actuels. Dans cette optique, une phrase de Claude Forand explique bien le problème véhiculé par les Jeux Olympiques actuels : « n’est pas athlète qui veut, mais seulement qui peut6. »

      En effet, les substances dopantes sont de plus en plus accessibles et de plus en plus perfectionnées pour ressembler à celles naturellement produites par le corps, ce qui les rend presque imperceptibles. En ce sens, plusieurs athlètes ont recours à l’usage d’une hormone peptide, nommée IGF-1. Celle-ci est problématique pour les laboratoires étant donné qu’elle est présente dans le corps, et qu’aucune statistique n’est disponible pour exprimer la quantité produite normalement par le corps7. Néanmoins, il existe aussi des méthodes « légales » pour tricher permettant d’augmenter de 5% la capacité de l’organisme. En effet, c’est le cas de l’entraînement en altitude. Cette méthode consiste à s’entraîner à plus de 700 mètres d’altitude pour augmenter le taux d’hémoglobine dans le sang, protéine très importante dans le transport de l’oxygène vers les tissus8. Ben Johnson avait amélioré sa performance de 46 centièmes de secondes alors que le vainqueur Carl Lewis n’avait abaissé son meilleur temps que de 8 centièmes de secondes. Ainsi, peut-on qualifier les performances des athlètes aux Jeux Olympiques comme véridiques et méritées, alors que ceux-ci sont gavés de produits dopants ?

 

L’espoir de sports « propres »

      Néanmoins, plusieurs solutions sont mises au point pour tenter d’enrayer le problème du dopage, un moyen peu recommandé, mais fréquemment utilisé par les athlètes pour repousser leurs limites. En ce sens, L’Agence Mondiale Antidopage, « une organisation internationale indépendante créée en 1999 pour promouvoir, coordonner et superviser la lutte contre le dopage dans le sport »9, a mis au point un Code mondial antidopage qui contraint les Fédérations sportives internationales (FI) à effectuer des programmes de contrôle du dopage lors des compétitions en plus d’en effectuer en dehors des compétitions. Les contrôles antidopage hors compétitions ont l’avantage d’être réalisés à tout moment, à n’importe quel endroit sans annonces aux athlètes. Ainsi, ils sont très efficaces pour détecter le dopage et accroître la confiance des sportifs en un sport « propre »10. En ce sens, en 1963, une liste d’interdictions a été mise au point, et chaque année depuis 2004, l’AMA renouvelle celle-ci avec les substances dopantes interdites en et hors compétition. D’ailleurs, la nouvelle liste de 2008 est entrée en vigueur le premier janvier 2008, et présentait plusieurs substances interdites, dont les substances anabolisantes telles que les stéroïdes anabolisants et les hormones11. Dans la même optique que l’AMA, l’Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD) effectue, entre autres, des contrôles anti-dopage et des actions de préventions contre ce problème au niveau national12.

 

Pékin : un problème encore présent

      Ainsi, les athlètes participants aux compétitions sportives telles que les Jeux Olympiques s’inscrivent dans la troisième phase de l’individualisme, qui met de l’avant des valeurs néo-libérales, soient la compétitivité et la performance, les entraînant vers une recherche de la performance absolue. Les sportifs modernes sont encrés dans une obsession de la performance, notamment aussi en raison de phénomènes extérieurs. Cependant, la devise Olympique mise de l’avant par Pierre de Coubertin lui-même, « Citius, altius, fortius » (Plus vite, plus haut, plus fort)13, ne traduisait-elle pas déjà ce culte de la performance ? En ce sens, le problème de la recherche de la performance était-il en gestation à l’époque de Pierre de Coubertin, ou est-ce seulement un problème mondial récent ?

      Enfin, le dopage reste un phénomène social qui touche plusieurs athlètes et qui affectera probablement les athlètes qui seront présents aux Jeux Olympiques de Pékin. Ainsi, le dopage est une question importante quant à l’étude des Jeux Olympiques de Pékin puisque le gouvernement chinois se trouvera en présence d’athlètes ayant recours à des techniques de dopage pour améliorer leur performance.

 

Sources

1. L’ECUYER, Vanessa et Sophie BÉLANGER. Notes personnelles du cours de sociologie Pour la suite du monde : étude du changement social. Longueuil, Collège Édouard-Montpetit, automne  2007.

2. BOURG, Jean-François. « Le prix de la performance ». Problèmes économiques. No 2503 (1997) p. 11. 

3. BOURG, Jean-François. « Le prix de la performance ». Problèmes économiques. No 2503 (1997) p. 11.

4. BOURG, Jean-François. « Le prix de la performance ». Problèmes économiques. No 2503 (1997) p. 11-12.

5. BAHGAT, Elnadi et al. « Sport et compétition ». Courrier de l’Unesco. 45 année (décembre 1992), p. 10.

6. FORAND, Claude. « Pourquoi eux et pas nous ? ». Québec sciences. Vol, 34, no 10 (juillet-août 1996), p. 17.

7. CONTANTIN, Michaël. « Jeux de coulisses ». Québec sciences. Vol, 34, no 10 (juillet-août 1996), p. 20.

8. FORAND, Claude. « Pourquoi eux et pas nous ? ». Québec sciences. Vol, 34, no 10 (juillet-août 1996), p. 18.

9. « Mission & Priorités ». Agence Mondial Antidopage. [En ligne].  http://www.wada-ama.org/fr/dynamic.ch2?pageCategory.id=255. (Page consultée le 19 février 2008).

10. « Contrôle du dopage ». Agence Mondiale Antidopage. [En ligne].  http://www.wada-ama.org/fr/dynamic.ch2?pageCategory.id=264.  (Page consultée le 19 février 2008).

11. « Liste des interdictions ». Agence Mondiale Antidopage. [En ligne].  http://www.wada-ama.org/fr/dynamic.ch2?pageCategory.id=370. (Page consultée le 19 février 2008).

12. « Présentation de l’AFLD ». Agence Française de Lutte contre le Dopage. [En ligne]. http://www.afld.fr/interieur.php?page=1. (Page consultée le 19 février 2008).

13. BOURG, Jean-François. « Le prix de la performance ». Problèmes économiques.
No 2503 (1997) p. 11.