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ÉCONOMIE

Alors que l’économie se relève tranquillement à Cuba, nous nous demandions si nous pouvions attribuer la stagnation de l’économie de Cuba au régime de Castro. Tout d’abord, le type d’économie qui se retrouve à Cuba  est une économie centralement planifiée. Il s’agit en fait d’un type d’économie, où l’État contrôle un bonne partie des moyens de production et la main-d’œuvre est employée dans le secteur public. Par exemple, «Castro a nationalisé 90% du secteur industriel et 70% des terresacastrogricole1». Ainsi, comme nous pouvons le constater, dans le régime de Castro, l’agriculture occupe une place centrale. Cependant, cette nationalisation de l’île n’a pas du tout aidé son économie. En effet, selon l'économiste Carmelo Mesa-Lago, «la centralisation excessive du régime est un frein à la croissance. Celle-ci passe par des réformes que le dictateur refuse de mener : possibilité d'ouvrir des PME, convertibilité de la monnaie, libéralisation des investissements, par exemple dans l'industrie sucrière, ou encore la circulation du dollar2». Ainsi, il est très difficile d’améliorer son économie avec une telle conception. Cependant dans le cas de Cuba, même si la croissance économique est basse, elle permet tout demême à la population de pouvoir se nourrir. C'est donc l’une des principales raisons qui fait en sorte que le régime de Castro est responsable de la stagnation de l’économie de Cuba.

Un autre facteur qui empêche le développement de l’économie cubaine est sans contredit le blocus mené par Washington, décrété officiellement le 3 février 19623. Cette action des États-Unis avait pour but de jeter complètement à terre l’économie cubaine à cause de son association avec l’URSS. Ainsi, il empêchait Cuba «à avoir accès à des marchés, elle créait des barrières souvent infranchissables pour obtenir certaines pièces, technologies, matières premières. Aussi, il obligeait l’île de Cuba à verser de grosses commissions à des intermédiaires et il l’empêchait d’avoir accès à plusieurs formes de financement public et multilatéral»4. L’embargo états-uniens a également obligé Cuba à payer son crédit à court terme plus cher, à cause de son statut de pays à risque élevé en raison du blocus. Les sociétés faisant affaire avec Cuba et avec les États-Unis sont soumises à des pressions. Il s’agit de la loi Helms-Burton5, entré en vigueur à partir de 1998, par les États-Unis qui pénalise les pays qui font du commerce avec Cuba. Par exemple si un fournisseur canadien de papier et de bois veut continuer à vendre aux États-Unis, il doit interrompre ses ventes avec cette île. «Presque 500 sociétés figurent sur la liste noire des États-Unis parce qu'elles font des affaires à Cuba»6. Cependant, bien qu’il n’ait pas réussi sa mission de jeter à terre l’économie cubaine, ce blocus a tout de même réussi à créer d’énormes problèmes monétaires à Cuba. En effet, «Cuba estime que l'embargo lui avait coûté jusqu'en 1998 plus de 65 milliards de dollars7». Dernièrement, un économiste calculait qu'une levée partielle du blocus occasionnerait une hausse de 25 % du revenu national, ce qui prouve que le blocus contribue à la stagnation de l’économie cubaine. Aussi, puisque Cuba ne rembourse plus sa dette extérieure depuis 1985, cela l’empêche d’aborder sereinement le problème du financement de sa dette extérieure, qui est immense. En effet, un montant de 11,5 milliards de dollars pour un pays comptant onze millions d’habitants «représente une importante hypothèque pour les années futures, soit l’équivalent de quatre à cinq ans d’exportations8».        

Grâce à la coopération de l’URSS, les effets du blocus ont pu être un peu atténués, puisque pendant près de trente ans, «l'Union soviétique achetait le sucre cubain à un prix supérieur au prix du marché et fournissait du pétrole à bas prix9». Cependant, suite à la chute de l’URSS en 1990 et du COMECON, l'île fut privée de ses principaux partenaires commerciaux et l’économie de Cuba a dû s’adapter10. «En 1992, le niveau des échanges avec les pays de l'ex-COMECON représentait moins de 7% du niveau de 1989. Dans le même temps, le PNB cubain chuta de plus de 35% et[], les revenus par habitant de 39%11» entre 1990 et 1993. Économiquement, la période qui a suivi la chute de l’URSS fut catastrophique pour Cuba. L’agriculture fut décimée à cause du manque de pétrole et de matériel, ce qui entraîna la sous-alimentation à plusieurs endroits. En effet, entre les années 1989 et 1992 «l’importation de pétrole à Cuba est passée de 13.3 à 6.1 millions de barils12». Les coupures de courant devenaient de plus en plus fréquentes à l’île. Ainsi, privé de leurs partenaires, le blocus états-uniens se faisait de plus en plus lourd. Castro a du commencer des réformes dans le but d’attirer des investisseurs étrangers.
Ainsi, entre 1990 et 1993 Castro a adopté une nouvelle politique économique13. Il a commencé à libéraliser un peu son économie. Par exemple, il a permis le «développement d'entreprises privées de commerce et de manufactures, ainsi que la légalisation du dollar américain dans les magasins et le tourisme fut aussi encouragé14». C’est à partir de 1991 que le tourisme est devenu la principale priorité économique du gouvernement, lui permettant ainsi en  2005, de générer un revenu de 2,2 milliards de dollars avec 2,3 millions de touristes.  En 1993, «le gouvernement commence à laisser une plus grande autonomie aux entités de production et grâce aux réformes, l’excédent monétaire est réduit de moitié en deux ans et le déficit budgétaire est ramené officiellement à 3,5 % du PIB15». En 1993, Castro continue de tout mettre en place pour relever son économie et pour se faire, il autorise même la légalisation du dollars à Cuba. Désormais, il existe «deux économies à Cuba. Une, fondée sur un circuit en dollars, pour les produits importés et l’autre, une économie en pesos qui fonctionne sur le principe du rationnement16».

À partir de 1994, on assiste vraiment à une légère libéralisation économique. Par exemple, on permet à des entreprises individuelles, comme des petits restaurants, ou des activités artisanales de se créer. Par contre, étant donné le montant des impôts, il demeure très difficile pour les personnes de se partir une compagnie. «Cet ensemble de réformes permet une réactivation de la croissance économique, qui est de 7,8 % en 1996 ainsi qu’une hausse de 17 % du tourisme entre 1991 et 200017».  Sur le plan du PIB, l’agriculture est toujours très importante, mais par contre on assiste à une «baisse de la récolte du sucre de 2.9% en 2001 et de 1,2 % en 200218». En effet, les mauvaises récoltes de sucre ont des répercussions énormes sur l’économie cubaine et donc directement sur le niveau de vie des cubains. Aussi, la production minière commence à stagner, même si chaque année, cette île produit environ 76 000 tonnes de nickel, qui sur les places internationales a progressé de presque 160% entre 2005 et 200619. «L’industrie manufacturière, représentant 26 % du revenu national, peine à maintenir son activité faute d’énergie et de pièces de rechange20». Cependant, depuis la fin des années 1999, des investissements dans la production pétrolière ont commencé à porter fruit. «Ainsi, en 1999, Cuba aurait produit plus de 40% de sa consommation d’électricité21».
En 2004, Castro a mis fin à la circulation du dollar et il l’a remplacé par le peso convertible. Ainsi, «les mesures prises ont permis au gouvernement de récupérer une partie de l’épargne en dollars thésaurisée par certains secteurs de la population dans un contexte de grave pénurie de devises22». Aujourd’hui, «l’île pratique une stratégie de récupération fondée sur l'identification de deux secteurs exportateurs23». L'une moderne, qui concerne le tourisme et la biotechnologie et qui est capable de conférer un dynamisme à l’économie. Par exemple, en 2006 le secteur des biotechnologies a vu ses ventes à l’extérieur augmenter de 90%.  L'autre traditionnel, qui représente le marché du sucre, du nickel et du tabac et qui est capable de fournir une plate-forme. Par contre, on constate que les deux secteurs nécessitent plusieurs investissements massifs. «Le processus de réinsertion ne peut se faire avec des taux de croissance faible. Cuba aurait besoin de taux de croissance annuels de 8 %. Il est probable qu'il devra se contenter de 4 %. Il ne pourra pas à ce rythme récupérer le niveau de 1989. Cuba a un grand besoin de capitaux étrangers24».

En conclusion, nous pouvons attribuer la stagnation de l’économie cubaine au régime de Castro pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la mise en application d’une économie centralement planifiée n’a pas du tout aidé la cause de Cuba. En effet, une telle conception ne peut que ralentir le développement économique d’un pays puisqu’elle demande à la majorité  de la main-d’œuvre de travailler dans le domaine de l’agriculture. Ainsi, il empêche la création de plusieurs commerces et de plusieurs manufactures. L’embargo des américains est un autre facteur qui a contribué à la stagnation de l’économie de Cuba puisqu’il demandait littéralement aux autres pays de boycotter cette île, sinon les États-Unis les boycotteraient. C'est ainsi que plusieurs pays ont tourné le dos à Cuba. Le blocus états-uniens a donc coûté très cher à cette île, ce qui est une autre cause de la stagnation de l’économie de Cuba. Aussi, en mettant un terme à la dollarisation, Castro a privé ses habitants de l’avantage du dollar. Pour finir, même si dans les années 1995, nous avons assisté à une relance de l’activité économique, il reste que Cuba n’a toujours pas récupéré le niveau de 1989, c’est-à-dire, au moment où il était allié avec l’URSS. Aujourd’hui, il croule sous les dettes, Cuba aurait besoin d’une croissance économique annuelle de 8% pour relancer son pays.


1 «Économie de Cuba » (en ligne).  http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_Cuba#cite_note-4 lien Encarta 2003 (pages consultées le 19 avril 2008)

2 PARANAGUA, PAULO A, « Cuba n'a pas retrouvé le niveau de 1989 », dans Le Monde du 22/08/2006 lien de «Économie de Cuba » (en ligne). http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_Cuba#cite_note-4 (pages consultées le 19 avril 2008)

3 FERNANDEZ-VEGA, Carlos, «L'économie cubaine rapporte croissance».  (En ligne), La Jornada, du 3 et 4 novembre 2006. http://www.cubanismo.net/teksten_fr/economie/eco_croissance.htm (Pages consultées le 24 février 2007)

4 MORIN, Claude. «L’insertion internationale d’une économie socialiste et ses défis», (en ligne) Université de Montréal. http://www.hst.umontreal.ca/U/morin/pub/Cubecon00.htm. (Pages consultées le premier mars)

5 LEMOINE, Maurice, «La Havane sous la pression de la loi Helm Burton» (en ligne), Archives, février 1997. http://www.monde-diplomatique.fr/2004/06/HABEL/11260. (Pages consultées le 20 avril 2008)

6 MORIN, Claude. «L’insertion internationale d’une économie socialiste et ses défis», (en ligne) Université de Montréal. http://www.hst.umontreal.ca/U/morin/pub/Cubecon00.htm. (Pages consultées le premier mars).

7 MORIN, Claude. «L’insertion internationale d’une économie socialiste et ses défis», (en ligne)  Université de Montréal. http://www.hst.umontreal.ca/U/morin/pub/Cubecon00.htm. (Pages consultées le premier mars)

8 BOUSQUIER, Émilie. «Cuba après Fidel Castro : quel avenir ?» (en ligne) Site web de ressources pour la Paix au service d’Artisans du monde entier en vue d’outiller leurs efforts pour repenser la paix et proposer de nouveaux modes d’action. http://www.irenees.net/fr/fiches/analyse/fiche-analyse-486.html (pages consultées le 21 avril 2008)

9 PARANAGUA, PAULO A, « Cuba n'a pas retrouvé le niveau de 1989 », dans Le Monde du 22/08/2006 lien de «Économie de Cuba » (en ligne).

10 http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_Cuba#cite_note-4 (pages consultées le 19 avril 2008)
NADEAU, Christian. «Étude socio-économique et politique : Cuba (1989 – 2005)» Université de Québec à Montréal. http://www.er.uqam.ca/nobel/ieim/IMG/pdf/dossier_cuba_05_03-2.pdf. (pages consultées le 20 avril 2008)

11 MORIN, Claude. «L’insertion internationale d’une économie socialiste et ses défis», (en ligne) Université de Montréal. http://www.hst.umontreal.ca/U/morin/pub/Cubecon00.htm. (Pages consultées le premier mars)

12 NADEAU, Christian. «Étude socio-économique et politique : Cuba (1989 – 2005)» Université de Québec à Montréal. http://www.er.uqam.ca/nobel/ieim/IMG/pdf/dossier_cuba_05_03-2.pdf. (pages consultées le 20 avril 2008

13 HEBEL Janette, «Cuba entre pressions externes et blocages internes» (en ligne), Archives, juin 2004. http://www.monde-diplomatique.fr/2004/06/HABEL/11260. (Pages consultées le 26 février 2008)

 

14 PARANAGUA, PAULO A, « Cuba n'a pas retrouvé le niveau de 1989 », dans Le Monde du 22/08/2006 lien de «Économie de Cuba » (en ligne). http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_Cuba#cite_note-4 (pages consultées le 19 avril)

15 BOUSQUIER, Émilie. «Cuba après Fidel Castro : quel avenir ?» (en ligne) Site web de ressources pour la paix au service d’Artisans du monde entier en vue d’outiller leurs efforts pour repenser la paix et proposer de nouveaux modes d’action. http://www.irenees.net/fr/fiches/analyse/fiche-analyse-486.html (pages consultées le 21 avril 2008)

16 BOUSQUIER, Émilie. «Cuba après Fidel Castro : quel avenir ?» (en ligne) Site web de ressources pour la paix au service d’Artisans du monde entier en vue d’outiller leurs efforts pour repenser la paix et proposer de nouveaux modes d’action. http://www.irenees.net/fr/fiches/analyse/fiche-analyse-486.html (pages consultées le 21 avril 2008)

17 Cuba après Fidel Castro : quel avenir ?» (en ligne) Site web de ressources pour la paix. http://www.irenees.net/fr/fiches/analyse/fiche-analyse-486.html (pages consultées le 21

18«Ambassade de France à Cuba » (en ligne) République Française. http://www.ambafrance-cu.org/spip/article.php3?id_article=339 (Pages consultées le premier mars)

19 HORTA, LUCILA. «CUBA - Une économie tirée vers le haut» (en ligne), DIAL, jeudi 1er mars 2007 http://www.alterinfos.org/spip.php?article970 (Pages consultées le 2 mars)

20 BOUSQUIER, Émilie. Cuba après Fidel Castro : quel avenir ?» (en ligne) Site web de ressources pour la paix au service d’Artisans du monde entier en vue d’outiller leurs efforts pour repenser la paix et proposer de nouveaux modes d’action. http://www.irenees.net/fr/fiches/analyse/fiche-analyse-486.html (pages consultées le 21 avril 2008)

21 NADEAU, Christian. «Étude socio-économique et politique : Cuba (1989 – 2005)» Université de Québec à Montréal. http://www.er.uqam.ca/nobel/ieim/IMG/pdf/dossier_cuba_05_03-2.pdf. (pages concultées le 20 avril 2008)

22 BOUSQUIER, Émilie.  Cuba après Fidel Castro : quel avenir ?» (en ligne) Site web de ressources pour la paix au service d’Artisans du monde entier en vue d’outiller leurs efforts pour repenser la paix et proposer de nouveaux modes d’action. http://www.irenees.net/fr/fiches/analyse/fiche-analyse-486.html (pages consultées le 21 avril 2008)

23 MORIN, Claude. «L’insertion internationale d’une économie socialiste et ses défis», (en ligne) Université de Montréal. http://www.hst.umontreal.ca/U/morin/pub/Cubecon00.htm. (Pages consultées le premier mars)

24 MORIN, Claude. «L’insertion internationale d’une économie socialiste et ses défis», (en ligne) Université de Montréal. http://www.hst.umontreal.ca/U/morin/pub/Cubecon00.htm. (Pages consultées le premier mars)