Le travail des enfants

Certains voient encore les femmes et les enfants comme des bêtes de somme; un homme, Milorad Milakovic, devenu l’un des plus célèbres trafiquants d’esclaves, a prononcé les mots suivants quand une militante des droits de l’homme a osé le questionner sur ses pratiques : « Pourquoi est-ce un crime de vendre des femmes? On vend bien des footballeurs, non? ».1 Et malheureusement, il n’est pas le seul à penser ainsi. Sinon, des millions d’enfants ne travailleraient pas comme des forcenés plusieurs heures par jours. En effet, quelque 250 millions d’enfants de 5 à 14 ans travaillent pour gagner leur vie dans les pays du tiers-monde. The International Labour Organization estime que 218 millions d’enfants dans le monde âgés entre cinq et 17 ans travaillent illégalement. L’Organisation internationale du travail (OIT) estime que 60 % d’entre eux vivent en Asie, 30 % en Afrique et 10 % en Amérique latine. Ceci équivaut à 128 millions d’enfants en âge d’aller à l’école exclus de toute éducation. Encore selon l’OIT, 70 % de ces enfants travaillent dans des conditions très dangereuses.

Lorsqu’on pense au travail des enfants, on pense à la prostitution, au travail à la chaîne dans des usines délabrées, aux jeunes filles travaillant comme bonnes dans des familles mieux nanties, etc. Mais il ne faut pas non plus oublier les jeunes travailleurs africains qui, découragés de leur pauvreté constante, sont prêts à tout pour trouver un nouveau mode de vie plus prospère, et ce malgré les recommandations qui leurs sont faites de rester chez eux au lieu d’aller travailler pour un inconnu. Ils croient que rien ne peut être vraiment pire que ce qu’ils connaissent dans leur village natal. Il y a aussi les enfants prostitués thaï et les jeunes pakistanais engagés comme jockeys pour les courses de chameaux, vu leur petite taille et leur poids plume. Ces horreurs ne touchent pas seulement les trois continents cités plus hauts. En effet, un rapport de l’organisation Human Rights Watch montre que « des dizaines de milliers de très jeunes adolescents, souvent originaires du Mexique ou des pays « latinos » sont exploités aux États-Unis, principalement dans les fermes des États du Sud ».2 En juin 1999, L’OIT a voté une convention garantissant un certains nombres de droits, comme celui d’être élevé par ses parents, d’exercer sa liberté d’expression, d’être protégé de toutes formes d’exploitation, de torture ou de traitements dégradant.3 Étrangement, les États-Unis s’y refusent; la loi américaine autorise le travail des enfants dans l’agriculture à partir de 12 ans. Selon un article du National Geographic paru en septembre 2003, une énorme proportion de cueilleurs de la Floride sont des immigrants sans papiers, vivant tous dans des conditions extrêmement difficiles. En effet, ils ne gagnent généralement pas plus de 7 500 euros par an. Et les autorités leur fichent la paix; du moment qu’ils travaillent et ne disent pas un mot. Dans un axe sociologique, il est possible d’affirmer que les autorités jouent ici le rôle d’acteur social, en constituant un groupe qui participe à une action, celle de faire travailler illégalement des travailleurs immigrants dans des conditions de misère, tout en ayant des intérêts communs pour ce phénomène. Les autorités jouent donc un rôle très important au sein de leur société, car, en ne faisant rien, ils contribuent à perpétrer la misère des travailleurs, et, changent de cette manière leur vie.

La situation n’est pas difficile à comprendre; quiconque prêt à hypothéquer sa vie dans l’espoir d’un avenir meilleur est une proie potentielle. Et ça, plusieurs l’ont compris. Des jeunes filles prostituées en avertissaient d’autres de ne pas traverser la rivière séparant leur village natal de la ville de Tapachula, au Mexique, où plusieurs fillettes sont forcées de se prostituer dans des bordels. Mais leurs précieux conseils ne servaient à rien. Celles  qui prenaient quelques instants pour les écouter se souvenaient trop bien de la misère qu’elles laissaient derrière.4 Mieux vaut tenter sa chance ailleurs que de ne rien essayer. Il est possible d’attribuer ce phénomène au concept de soi, qui, dans la théorie de Rogers, englobe l’ensemble des convictions que les individus entretiennent  au sujet de leur propre nature, de leurs qualités et de leur comportement. Ce faisant, on peut supposer que les jeunes filles n’ont aucune confiance en elles et en leurs capacités. De cette manière, elles sont convaincues qu’elles n’ont d’autre choix que d’aller dans une autre misère, de tenter le tout pour le tout, peu importe les conséquences. Elles croient, étant donné leur manque de capacité, qu’elles ne pourront espérer une vie meilleure. Et cela constitue un cercle vicieux, car les enfants esclaves ne sont et ne deviendront probablement jamais instruits, ils ne connaissent donc pas leurs droits et le monde extérieur, tant ils sont coupés de la réalité. Et, de toute évidence, comme ils sont souvent envoyés travailler à l’étranger, ils vivent dans la peur constante de se faire expulser s’ils sont découverts. Cela constitue une source constante de stress pour ces enfants, qui doivent, d’un point de vue psychologique, toujours s’adapter à de perpétuels changements. Et cet esclavage, ce travail forcé, définit comme un mélange de domination totale et d’exploitation économique,5 touche beaucoup plus d’endroits dans le monde qu’il est possible d’imaginer. En effet, selon le rapport 2003 du département d’État américain sur le trafic humain, le nombre de pays où l’esclavage était légalement autorisé était de 0. Pourtant, plus de 100 personnes ont été victimes de trafics dans tous les pays suivants : Afrique du Sud, Albanie, Allemagne, Angola, Arabie Saoudite, Arménie, Autriche, Bahreïn, Bangladesh, Belgique, Belize, Bénin, Biélorussie, Bolivie, Bosnie-Herzégovine, Brésil, Brunei, Bulgarie, Burkina Faso, Burundi, Cambodge, Cameroun, Canada, Chine, Colombie, Corée du Nord, Corée du Sud, Costa Rica, Côte d’Ivoire, Croatie, Danemark, Émirats arabes unis, Espagne, Estonie, États-Unis, Éthiopie, Finlande, France, Gabon, Gambie, Géorgie, Ghana, Grèce, Guatemala, Guinée équatoriale, Haïti, Honduras, Hongrie, Inde, Indonésie, Israël, Italie, Jamaïque, Japon, Kazakhstan, Kirghizistan, Koweït, Laos, Lettonie, Liban, Liberia, Lituanie, Macédoine, Malawi, Malaisie, Mali, Maroc, Maurice, Mexique, Moldavie, Mozambique, Myanmar, Népal, Nicaragua, Niger, Nigéria, Ouganda, Ouzbékistan, Pakistan, Pays-Bas, Philippines, Pologne, Portugal, Qatar, République démocratique du Congo, République Dominicaine, République Tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, Rwanda, Salvador, Sénégal, Serbie et Monténégro, Sierra Leone, Slovaquie, Slovénie, Soudan, Sri Lanka, Suède, Surinam, Suisse, Taiwan, Tadjikistan, Tanzanie, Thaïlande, Togo, Turquie, Ukraine, Venezuela, Viêt Nam, Zambie, Zimbabwe. Selon l’Agence France Presse, il y aurait présentement en Inde 13 millions d’enfants de moins de 14 ans exploités. Sur ces 13 millions d’enfants, 3 millions ont été vendus par des trafiquants pour 500 à 2000 roupies, ce qui équivaut, en argent canadien, de 14 à 50 dollars.

1 COCKBURN, Andrew. « Les nouveaux esclaves; profits inhumains », National Geographic, no 48, septembre 2003, p. 30.

2 GILBERT, Charles. « Enfants esclaves : les plantations de la honte », Express, no 2593, 15 mars 2001, p. 63

3 Ibid., p. 63

4 COCKBURN, Andrew. « Les nouveaux esclaves; profits inhumains », National Geographic, no 48, septembre 2003, p. 33

5 BALES, Kevin. Op. cit. Directeur de l’association américaine Free the slaves.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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