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Sociologie

La problématique des enfants soldats semble être un phénomène considéré comme plutôt récent pour plusieurs d’entre nous. Peut-être est-ce dû au fait que nous en entendons parler dans l’actualité depuis seulement quelques années ou parce que les médias n’accordent pas assez d’importance au phénomène, chose certaine, les enfants impliqués, prisonniers ou touchés par les conflits armés est un phénomène bien réel et est loin d’être nouveau.

C’est une problématique qui a traversé les siècles et qui remonte jusqu’à l’époque de Sparte (ville de Grèce, rivale d’Athènes, VIIe s. av. J.-C.), où les enfants étaient déjà présents dans les troupes guerrières. À l’âge de sept ans seulement, ils commençaient leur préparation de guerrier dans le cadre d’une école commune. On peut aussi penser à Bonaparte qui dut en 1784 (il est alors âgé de quinze ans), apprendre à son frère cadet de neuf ans le métier de militaire.1 En se rapprochant dans le temps, lors de la Première Guerre mondiale (1914-1918), au moins 250 000 des volontaires désirant s’enrôler étaient âgés de moins de dix-sept ans.2

On se rend alors rapidement compte que notre société post-moderne n’y est pour rien dans la naissance de cette triste réalité impliquant des enfants sur le champ de bataille. Ce que l’on pourrait considérer pour expliquer le fait que les enfants étaient si présents au cœur des conflits armés des siècles passés est le fait que l’enfance soit un concept plutôt récent dans l’histoire de l’humanité (Renaissance, époque moderne) et l’adolescence encore plus (XIXe-XXe siècle)3. Ces nouveaux concepts transformeront alors considérablement la mentalité des populations et provoqueront dans notre société, une opposition croissante et commune à l’encontre de la souffrance ou de l’enrôlement de la jeunesse dans les troupes armées.

Suite à la Première Guerre mondiale, dans les sociétés pacifiques comme au Canada par exemple, on veut voir diminuer les dommages que la guerre peut causer aux enfants des futures générations. «  Les sociétés qui le peuvent cherchent évidemment à protéger les enfants des effets de la guerre, de quelque nature que soit ces effets. » Malheureusement, le retour des sociétés militarisées amenées par le fascisme comme dans le cas de Mussolini ou d’Hitler ramenèrent les jeunes au cœur de conflits armés.4 On remarque aussi que les sociétés où l’État n’est pas stable sont plus sujettes à voir apparaître des enfants soldats dans les guerres civiles comme on peut le voir en Afrique notamment.

Dans beaucoup de cas, l’enfant n’est pas nécessairement soldat mais demeure tout de même une victime et il est important de ne jamais l’oublier. Notre société semble mettre de le l’avant les histoires  qui choquent le plus et leur donnent plus d’importance en négligeant malheureusement certaines réalités. Ce qui est à craindre alors dans de tels cas sont les effets de généralisations et d’associations que peuvent faire certains jeunes en état de crise. Des enfants victimes de conflits armés et de guerres civiles auront tendance à vouloir joindre les troupes armées de leur plein gré par peur d’être abandonnés et laisser à eux-mêmes si ils ne se joignent pas à un groupe quelconque.5

Il faut aussi faire attention aux stéréotypes que crée notre société post-moderne et nos mentalités parfois sexistes. Il n’est pas rare que lorsque l’on parle d’enfants soldats les gens s’imaginent aussitôt un jeune garçon de dix ans, une mitraillette à la main prête à faire feu.  Pourtant, les jeunes garçons sont loin d’être les seuls à prendre part aux combats. On parle aujourd’hui de plus de 40% des enfants soldats qui sont en fait de jeunes filles. Ces enfants (filles ou garçons) ne sont d’ailleurs pas toujours envoyés au front comme certaines histoires nous le racontent. Il est certain que quelques-uns le sont, mais pour plusieurs d’entre eux la réalité est tout autre. Ils peuvent être utilisés comme messagers, comme espions, comme cuisiniers ou encore comme esclaves sexuels. Tous les scénarios sont possibles et il est important de ne pas toujours généraliser comme nous avons tendance à souvent le faire.

Un bon exemple d’histoire ne se conformant peut-être pas au stéréotype de l’enfant soldat est le récit de China Keitetsi qui fut recrutée par les forces armées à l’âge de neuf ans seulement alors qu’elle demeurait en Ouganda. Elle a heureusement réussi à s’en sortir après plusieurs années de misère et elle est aujourd’hui une porte-parole internationale pour les enfants soldats et s’engage à faire part de son expérience à des milliers de jeunes à travers le monde pour  montrer qu’il est possible de s’en sortir. Son récit est d’ailleurs disponible aux Éditions Complexe 2004 et s’intitule : « La petite fille à la Kalachnikov ».6

1. TREMBLAY, 2006, p. 111

2. TREMBLAY, 2006, p. 113

3. TREMBLAY, 2006, p. 123

4. TREMBLAY, 2006, p. 117

5.Voir aussi sur le site : Entrevue avec Guillaume Landry

6. BOURDON, 2005, p. 10-11