Visitez le site web de l'Unicef

Visitez le site de l'IBCR

Visitez le site d'Amnesty International

 

Entrevue


Avec Guillaume Landry:
           Gestionnaire de programme - Profils nationaux et enfants touchés par les conflits armés.

Pour nous éclairer dans notre recherche sur les enfants soldats, nous devions rencontrer un spécialiste du sujet. Nous nous sommes donc rendues au Bureau International des droits des enfants (voir notre lien Internet), à Montréal, où nous avons rencontré Guillaume Landry. Nous avions préparé un questionnaire que nous avions prévu de suivre, mais l’entrevue s’est en fait déroulée sous forme de discussion et d’échange. Grâce à ses explications claires et précises, Guillaume Landry a très bien fait le tour de la question en répondant à l’ensemble de nos interrogations. Voici-ci donc le résultat de cette rencontre…

 

1- En quoi consiste le travail du Bureau International des droits des enfants?
     Quel est son but?

Le Bureau international des droits des enfants fut créé en 1994 par ses deux fondateurs : Madame la Juge Andrée Ruffo et le Dr Bernard Kouchner (Fondateur, aussi, de l’organisation Médecins Sans Frontière, il est maintenant Ministre des affaires étrangères en France). Son but se divise en quatre grandes sections :

  1. Tout d’abord, l’IBRC (International Bureau of Children’s Rights) intervient au niveau de la justice juvénile. En général, lorsqu’un adulte commet un crime, son jugement prendra en considération qu’il s’agit d’une personne autonome et responsable. Alors que, dans le cas d’un enfant – c’est-à-dire toute personne de moins de 18 ans - on le juge en gardant en tête que celui-ci n’est encore qu’en apprentissage et qu’il n’est pas pleinement responsable de ses actes. On se doit alors d’analyser les circonstances qui entourent son acte criminel, ainsi les facteurs qui auraient pu influencer son geste. La société considère qu’il est encore possible de l’aider à apprendre de cette erreur de s’assurer que cela ne se reproduise plus avec l’aide de programmes de réhabilitation et de centres de détention spécialisés pour les jeunes. Mentionnons, tout de même, qu’avec l’expansion du phénomène des gangs de rue, le gouvernement voudrait modifier certaines lois concernant la justice juvénile. Il voudrait, par exemple, appliquer des sanctions plus sévères aux jeunes qui commettent des actes criminels graves. À cet effet, il importe de se référer aux normes internationales en la matière et de questionner si des sanctions plus sévères aideront véritablement ces jeunes délinquants à se sortir du cycle vicieux de la criminalité…

  2. Un autre secteur d’activité du Bureau International des droits des enfants concerne tout ce qui touche la traite des enfants à travers le monde. On parle ici des réseaux de prostitution juvénile, ou encore, d’enfants étant victimes d’exploitation sexuelle par l’entremise de la pornographie, du tourisme sexuel ou de la prostitution, par exemple. Il arrive parfois que certains jeunes provenant de différentes régions du Québec et du Canada (même de l’extérieur du pays) se fassent promettre des emplois bien rémunérés dans de grandes villes comme Montréal. Malheureusement, à leur arrivée, la réalité est tout autre. On les exploite et les maltraite pour de l’argent et ceux-ci se retrouvent pris au piège. Le Bureau travaille donc à mettre les jeunes en garde pour qu’ils ne finissent pas comme certains de leurs camarades. Il collabore avec les intervenants de premier plan (comme les policiers, les travailleurs de rue, etc.) pour développer des stratégies pour prévenir le phénomène et pour aider ceux qui en sont les victimes.

  3. Un troisième mandat de cette ONG concerne le suivi et l’évaluation de l’application de la Convention relative aux droits de l’enfant. Cette convention fut créé en 1989 par les Nations Unies et contient l’ensemble des droits propres aux enfants à travers le monde. Il s’agit du document qui a obtenu le plus grand nombre de ratifications* dans le monde. Seulement deux pays ne l’ont pas signé : Les Etats-Unis et la Somalie.
  4. Enfin, le Bureau international des droits des enfants joue aussi un rôle quand il s’agit d’enfants touchés par les conflits armés. C’est précisément ce sur quoi repose la suite de notre entrevue…
  • Petite explication rapide et vulgarisée sur ce qu’est un document « ratifié » :
    Lorsque plusieurs pays se rencontrent pour discuter d’une même problématique (par exemple les droits des enfants), ils discutent et finissent par s’entendrent sur des normes qu’ils appliqueront ensuite dans chacun de leur pays. Il y a alors une première signature qui représente leur accord par rapport à ce qui deviendra une « loi internationale » qui a alors été discutée et approuvée lors de cette rencontre. Chacun des représentants retourne alors dans son pays pour informer son gouvernement des changements qu’il devra apporter à ses lois afin de respecter la convention. Une fois ces changements apportés, la deuxième signature confirme que le pays respecte maintenant ces normes : cette deuxième signature correspond donc à la RATIFICATION.


2- Vous, Guillaume Landry, quel a été votre cheminement jusqu’à aujourd’hui et      quel est votre rôle au sein de l’IBRC? 

Guillaume Landry a étudié un cégep du Vieux-Montréal dans le programme Optimonde. Il s’est ensuite rendu à l’Université de York à Toronto pour faire un BAC en études internationales puis, il a étudié un an à Jérusalem dans le cadre d’un échange universitaire. Ses études terminées, il s’est joint à UNICEF Québec pour faire campagne contre les impacts des mines antipersonnel sur les enfants. Il a ensuite joint l’équipe de l’organisation non gouvernementale ECPAT International (basée à Bangkok, en Thaïlande) pour participer au combat contre la prostitution des enfants partout à travers le monde. Ce n’est pas tout! Il s’est ensuite rendu en République Démocratique du Congo où il a travaillé, sur le terrain, avec des enfants soldats. Voilà qui tombait pile avec notre sujet!

     Sur place, le travail de Guillaume Landry consistait, entre autre, à entrer en contact avec les groupes rebelles, à discuter avec eux et à leur faire comprendre que le fait d’avoir des enfants soldats dans leur groupe était un crime et qu’ils ne devaient donc pas faire appel à des mineurs pour combattre dans les conflits des adultes. En redonnant la liberté à ces enfants, les rebelles comprenaient qu’il leur était possible d’éviter beaucoup de problèmes avec la justice internationale. Tout cela pouvait prendre du temps, mais le but était de leur faire comprendre qu’ils étaient là pour les aider.

Ces démarches demandaient évidemment beaucoup de patience car, même une fois les rebelles convaincus, certains de ces enfants ne désiraient aucunement quitter leur groupe. Plusieurs avaient peur d’être punis s’ils tentaient de partir, d’autres voyaient en cette armée clandestine une manière d’obtenir de la nourriture, du respect ou une vengeance quelconque (n’oublions pas que certains d’entre eux on vu leur famille périr sous leurs yeux). Il fallait donc que Guillaume Landry et les autres intervenants réussissent à gagner leur confiance.
     À son retour du Congo, Guillaume Landry est retourné sur les bancs d’école pour faire une maîtrise en Assistance humanitaire pour les enfants  à l’Université d’UPPSALA en Suède. Par la suite, il a fait des études de terrain en Algérie et au Maroc pour documenter la situation des enfants réfugiés provenant du Sahara occidental.

     Plus tard, lorsqu’il a travaillé auprès de la Coalition pour mettre fin à l’utilisation d’enfants soldats en Afrique de l’Ouest (en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone), il a longtemps visité les programmes destinés aux enfants soldats sur le terrain afin de rassembler les informations pertinentes, d’analyser la situation, de faire des comptes-rendus puis, de trouver les démarches nécessaires afin de convaincre les preneurs de décisions et les bailleurs de fonds de continuer à appuyer les programmes pour les anciens enfants soldats. On pourrait dire qu’il agissait comme un représentant chargé de donner une vue d’ensemble de la situation aux gouvernements désirant venir en aide à ces pays en difficulté. Cela permettait, entre autre, d’obtenir les ressources nécessaires pour offrir de l’assistance humanitaire aux enfants dans les conflits armés.

     Aujourd’hui, Guillaume Landry travaille au Bureau International des droits des enfants comme nous le mentionnons au début de notre entrevue.

 

 3- Qu’advient-il des enfants soldats quand le conflit armé se termine?

Ils doivent trouver une place dans la société où ils peuvent vivre, dormir et manger. Il faut les réintégrer dans leur communauté, ce qui peut être un processus long et difficile. Durant cette période, il faut être patient et la dimension psychosociale du retour à la vie civile devient extrêmement importante. Il s’agit d’une situation très complexe où il faut prendre en considération non seulement les répercussions psychologiques du conflit sur les enfants, mais aussi toute la nouvelle dynamique reliée à leur famille, à leur village, bref à leur société.

 

4- Que font les organismes d’entraide? Quelle est leur démarche?

Il est possible de catégoriser l’intervention internationale en trois catégories : la coopération, le développement international et l’assistance humanitaire.

La coopération comprend tous les échanges internationaux comme certains ont peut-être pu expérimenter au cours de leurs études. Prenons par exemple l’organisme Jeunesse Canada Monde. Ce genre d’expérience implique un échange, le fait par exemple qu’un Québécois se rende dans un pays pour mieux connaître le mode de vie là-bas, puis qu’une personne de ce pays vienne ici pour mieux connaître notre propre mode de vie.

Le développement international, lui, concerne surtout les pays stables. Des endroits où il n’y a pas eu de catastrophe majeure, mais où la pauvreté est tout de même importante. On parle alors de pays en voie de développement. Il faut alors intervenir avec un appui à long terme participatif, où les gens sur placent sont ceux qui déterminent leurs priorités. On peut construire des bâtisses comme des écoles ou des hôpitaux, mais sans oublier de former des gens sur place, qui demeureront auprès de leur communauté même après le départ des intervenants. Il est important que certaines personnes puissent s’assurer du bon fonctionnement des systèmes qui auront été mis en place.

Finalement, l’assistance humanitaire consiste à aider les gens dans les pays qui sont en état de crise soit en raison d’un désastre naturel (exemple un tsunami) ou encore en raison de conflits armés. On parle alors d’une aide immédiate. Il faut agir vite. On tente alors de leur combler les besoins immédiats, procurer de l’eau, de la nourriture et des soins de santé le plus rapidement possible.

En ce qui concerne l’aide apportée aux enfants victimes de conflits armés, il s’agit de réussir à agencer Développement international ET Assistance humanitaire. Il faut leur venir en aide rapidement, mais il faut aussi que la réhabilitation puisse se faire à long terme et qu’il y ait des intervenants sur place pour beaucoup plus que quelques semaines.

 

 

5- Que pouvons-nous faire personnellement?

Lorsque l’on veut aider dans ce genre de situation, il faut toujours penser à rester modeste. Il ne faut pas croire que nous avons les solutions à tout. Même que parfois, si les informations manquent, il est possible que, malgré toutes les bonnes intentions du monde, on ne fasse que nuire à ces populations qui vivent des événements extrêmement difficiles. Il faut commencer par bien prendre connaissance de la situation et s’informer correctement des enjeux concernant la problématique.

Ce qui est toujours gagnant, c’est de faire circuler l’information autour de soi. On parle ici de connaissances approfondies sur les situations. Il ne suffit pas seulement d’informer les gens qu’il y a un problème, il faut leur expliquer le contexte pour les sensibiliser. Ensuite, on peut aussi aider les organisations qui viennent en aide à ces gens dans le besoin. En tant qu’étudiant, nous ne sommes pas de spécialistes, mais nous pouvons amasser des fonds ou faire du bénévolat. Grâce à ces actes simples, nous permettons à d’autres spécialistes et professionnels d’expérience d’aller sur place. Pensez-y, non seulement ce bénévolat pourrait vous permettre d’aider des organismes comme Oxfam Québec, Amnistie international ou le Bureau international des droits des enfants à mettre sur pied des projets, mais en plus, c’est très bon pour votre CV si vous comptez travailler dans le domaine international. Qui plus est, cela vous permet d’acquérir des connaissances importantes.

 

6- Quelle serait votre opinion personnelle sur le sujet?

Selon Guillaume Landry, il faut d’abord comprendre qu’il est difficile de « mesurer » l’ampleur du problème des enfants soldats puisque ceux-ci sont souvent membres de groupes armés non officiels (que l’on appelle aussi des groupes rebelles) qui viennent mettre au défi les forces armés de leur propre pays. Puisque ces groupes sont illégaux et non déclarés, il est difficile de savoir combien d’enfants soldats se retrouvent dans leur camp. Il croit par contre que le nombre d’enfants soldats a probablement diminué depuis quelques années. Pas nécessairement seulement grâce aux organismes d’entraide mais tout simplement parce que, selon lui, le nombre de conflits armés a diminué.

Par contre, ne croyez pas que ces organismes sont inutiles! Les conventions internationales ont réussi à mettre sur pied beaucoup de mécanismes d’aide qui permettent aujourd’hui d’être plus efficace au niveau de la prévention et du contrôle de certains enjeux comme celui des enfants soldats.

Guillaume Landry mentionne aussi l’importance d’aider l’ensemble des enfants qui sont touchés par les conflits, pas seulement les enfants soldats. Il ne faut faire aucune discrimination et il faut aider l’ensemble de leur communauté. Pour y arriver, il faut s’adapter à leur mode de vie, à leur culture, à leurs croyances… Tout cela en ayant toujours en tête : la modestie. Nous avons trop tendance à nous surestimer, nous n’avons pas la réponse à tout et bien souvent, il n’y a pas de solution miracle. Il faut du temps et de la patience.